Le jour où l’Asvel a enfin trouvé sa maison

Maison des sports

La Maison des sports de Villeurbanne, rebaptisée salle Raphaël de Barros le 1er avril 1995 (crédit: Obuzzer)

Il y a 60 ans, les basketteurs villeurbannais affrontaient Caen lors du premier match organisé à la Maison des sports…

C’est une date qui reste gravée dans l’histoire… de la conquête spatiale. Le dimanche 3 novembre 1957, l’Union soviétique, alors en pleine guerre froide, envoie dans l’espace, pour un voyage sans retour, le premier être vivant à tourner autour de la planète. Il s’agit d’une petite chienne, prénommée Laïka, qui décède quelques heures après le lancement du satellite Spoutnik 2.

Le même jour, sur la terre ferme, mais à des milliers de kilomètres du Cosmodrome de Baïkonour, un événement d’une portée certes bien moindre se déroule à Villeurbanne, à hauteur du 251 cours Emile-Zola. Le député-maire de la ville, Etienne Gagnaire, les représentants de la Ligue du Lyonnais de basket et les supporters de l’Asvel viennent assister au premier match organisé à la Maison des sports, qui peut alors accueillir près de 1 500 spectateurs.

On jouait là où il y avait de la place

Construit par les architectes Vialleton et Degaine pour pallier au manque de salle couverte dans la cité des Gratte-Ciel, cet équipement municipal, inauguré officiellement le 16 mars 1958, révolutionne le quotidien des basketteurs villeurbannais. Car depuis 1948 et la création du club, ceux-ci ne disposent pas de lieu attitré pour s’entraîner et disputer leurs rencontres.

Ce qui ne les empêche pas de dominer le basket français, avec 6 titres de champion de France (1949, 1950, 1952, 1955, 1956, 1957) et 2 Coupes de France (1953, 1957). «On jouait là où il y avait de la place, se souvient Gilbert Lamothe (77 ans), qui a porté le maillot de l’Asvel durant 14 ans (1957-1971). Mes premiers entraînements, je les ai faits au Stadium de Villeurbanne, en plein air.»

Accolé à la Maison des sports, cet immense stade devait à l’origine être un «palais des sports» pouvant accueillir 12 000 spectateurs. Mais les travaux, débutés en 1934 et interrompus en 1936, n’ont jamais été achevés, et l’édifice sera démoli en 1966.

Lyon, terre d’accueil

L’Asvel dispute donc ses deux premières rencontres de championnat à l’automne 1957, contre Roanne et Montferrand au Stadium de Villeurbanne, avant de prendre possession de la Maison des sports. Auparavant, les coéquipiers d’André Buffière sont contraints d’évoluer le plus souvent à Lyon, dans des lieux aujourd’hui disparus, comme le «hall de la mécanique» dans le Palais de la Foire, à l’emplacement où se situe désormais la Cité internationale (6e arrondissement). Ou bien à la salle Biolley, avenue Berthelot (8e arrondissement), et au Palais de Glace, avenue Jean-Jaurès (7e arrondissement).

«La Maison des sports a été l’une des premières salles en France dédiée au basket, dotée de surcroît d’un vrai parquet. C’est certainement grâce à ça que j’ai pu jouer aussi longtemps», sourit Gilbert Lamothe, qui évoluait encore avec l’équipe réserve de l’Asvel à l’âge de 68 ans !

Le 3 novembre 1957, ce dernier, alors junior, n’a pas le privilège de faire partie de l’équipe qui s’impose devant Caen (63-49), pour l’inauguration officieuse de la Maison des sports. Ce succès, acquis grâce à Henri Grange (31 points), est le premier d’une longue série.

96 succès consécutifs

Dans les années 70, à la grande époque d’Alain Gilles, le club villeurbannais s’exile régulièrement au Palais des sports de Gerland pour y disputer ses affiches de championnat et de Coupe d’Europe. Les hommes en vert y connaissent des fortunes diverses, alors qu’ils sont quasiment intouchables dans leur Maison des sports. Au point de remporter 96 succès de rang en un peu plus de 7 ans. C’est Orthez qui met fin à cette longue période d’invincibilité, le 11 mars 1978 (108-111).

Avec Antibes, le club béarnais est celui qui s’est d’ailleurs le plus souvent imposé sur le cours Emile-Zola (8 succès chacun). Il est également le dernier à y avoir fait chuter l’Asvel, le 14 janvier 1995 (73-78). Deux mois et demi plus tard, le 1er avril, le public villeurbannais assiste au dernier match de l’Asvel à la Maison des sports, lors d’un derby remporté face à Jet Lyon (90-86). En préambule, la salle est rebaptisée Raphaël de Barros, du nom de celui qui a dirigé le club durant 25 ans (1963-1988).

Miles Davis s’est produit à la Maison des sports

Une page se tourne. L’Asvel quitte la Maison des sports sur un bilan impressionnant de 475 victoires, 2 nuls et 68 défaites, pour s’installer de l’autre côté du périphérique, à l’Astroballe, dans une enceinte beaucoup plus adaptée aux exigences du basket professionnel.

Son ancienne demeure, qu’elle a parfois dû céder à d’autres disciplines ainsi qu’à des artistes de renom (Miles Davis, Dizzy Gillespie, Ray Charles, Charles Mingus…), fait toujours partie du patrimoine de la ville. Elle continue d’accueillir des manifestations culturelles et sportives, le basket ayant toujours droit de cité. Les joueuses de l’Asvel Villeurbanne (ex-AS Villeurbanne) occupent d’ailleurs ce lieu chargé d’histoire. Leurs homologues masculins, eux, y reviennent occasionnellement. Ce fut le cas cet été, lorsque l’Astroballe était en travaux. Une situation qui a contraint J.D. Jackson et son staff à délocaliser une séance d’entraînement. Comme un sympathique retour aux sources.

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