Le jour où Delaney Rudd a affronté l’Asvel avec le PAOK Salonique

Delaney Rudd

Delaney Rudd sous le maillot du PAOK Salonique (crédit : Paokmania)

Opposés ce mardi en Champions League, l’Asvel et le PAOK Salonique se sont rencontrés pour la première fois il y a près de 30 ans, à l’époque où le club grec alignait dans son effectif le meneur américain. Flashback…

C’est un épisode que les jeunes générations ne connaissent probablement pas, mais qui s’inscrit dans l’histoire commune de deux grands noms du basket français. Six ans avant d’unir leur destin, l’Asvel et Delaney Rudd se sont croisés le temps de deux matchs de Coupe Korac.

Le premier date du 16 décembre 1987, à la Maison des sports de Villeurbanne. Le meneur américain, alors âgé de 25 ans, débarque sous le maillot du PAOK Salonique avec lequel il a brillé lors de la précédente édition de la Korac. Selon les archives de la Fiba, il a tourné à 29 points de moyenne en quatre matchs, inscrivant notamment 33 points au Partizan Belgrade de Sasha Djordjevic, Zeljko Obradovic, Zarko Paspalj et Vlade Divac (succès 79-69). Il a également passé 62 points en deux matchs à la défense d’Antibes, quelques semaines avant d’affronter l’Asvel, dirigée par Alain Gilles.

Personne ne le connaissait

Drafté deux ans plus tôt par le Jazz d’Utah à sa sortie de l’université de Wake Forest (4e tour, 83e choix), Delaney Rudd n’est pas la star du PAOK. Ce statut revient à Panagiotis Fassoulas, le pivot de la sélection hellène sacrée championne d’Europe quelques mois auparavant et dont Le Progrès a publié un entretien le jour du match. Rudd, lui, n’apparaît que dans la composition des équipes où le numéro 12 lui est attribué. «Personne ne le connaissait, témoigne Vincent Duluc. Nous n’avions aucun moyen de vérifier quoi que ce soit. Internet n’existait pas et il y avait peu de chance pour que nous ayons un média guide.»

Alors jeune journaliste au Progrès, l’actuel numéro un de la rubrique foot à l’Equipe a été le premier à rédiger un article sur «Mister D». Mais le lendemain du match. «Je n’ai pas écrit beaucoup de papiers sur le basket, hormis quelques sujets d’ambiance les soirs de matchs de Coupe d’Europe. Pour qu’on décide d’en consacrer un à un joueur, c’est qu’il avait dû nous impressionner.» Et pas qu’un peu.

Quand Delaney Rudd martyrise Vincent Collet

Sous le regard de l’attaquant de l’AS Saint-Etienne Patrice Garande, qui avait donné le coup d’envoi du match, Delaney Rudd réalise un festival ce soir-là. Il inscrit 26 points en première période (à 11 sur 15 aux tirs dont 2 sur 3 à trois points), et permet au PAOK de mener à la pause (45-55). «Je défendais sur lui et j’avais énormément souffert, se souvient Vincent Collet. Il était inarrêtable. Mais en seconde période, nous avions pratiqué une défense en boîte avec Norris Bell qui s’occupait de lui et cela l’avait gêné», souligne le sélectionneur de l’équipe de France.

De fait, Delaney Rudd doit se contenter de dix points au retour des vestiaires et ne peut empêcher l’Asvel de s’imposer (109-99). «C’est difficile d’être constant sur un match quand on ne joue pas régulièrement», confie-t-il à Vincent Duluc. Pour résumer la prestation de l’Américain, mais aussi sa condition de joueur en Grèce, le journaliste titre : «Delaney Rudd basketteur à mi-temps.» Car à l’instar de son compatriote Mark Petteway, Delaney Rudd n’avait été recruté que pour disputer les matchs de Coupe d’Europe, les étrangers n’étant pas autorisés à l’époque à évoluer dans le championnat grec.

Feuille de match Asvel/PAOKSalonique

Feuille de match Asvel/PAOK Salonique (crédit : Fiba Archives)

Il avait smashé sur la tête de Willie Redden !

En tout et pour tout, l’homme originaire de Caroline du Nord n’a joué que 12 matchs avec le PAOK, mais sa moyenne de points est astronomique : 31,2 avec une pointe à 43 contre Estudiantes Madrid (défaite 83-81). Son séjour à Salonique s’est achevé contre l’Asvel, le 20 janvier 1988, sur un nouveau carton (38 points) et une nouvelle défaite (80-81). «C’était le même joueur que nous avons vu évoluer plus tard sous le maillot de l’Asvel, un magicien, doté d’une technique incroyable, relate Vincent Collet. Mais à l’époque, il était beaucoup plus athlétique. Au match aller, il avait d’ailleurs smashé sur la tête de Willie Redden (2,11 m contre 1,88 m) !»

Eric Beugnot, également acteur de cette double confrontation, n’en conserve aucun souvenir. L’ancien capitaine de l’Asvel est tombé des nues lorsque nous lui avons rappelé qu’il avait affronté le génial meneur américain. «Moi ? J’ai joué contre Delaney Rudd ? Je ne m’en souviens absolument pas. Mais ce n’est pas étonnant car ma mémoire est une passoire en sucre, nous a-t-il rétorqué. La première fois que je l’ai vu, c’est à Paris, en 1992. J’étais directeur sportif du Racing-PSG et nous l’avions engagé comme pigiste afin de remplacer Milt Wagner.» Exact.

Devenu un joueur référencé grâce ses prestations comme doublure de John Stockton à Utah (248 matchs dont 24 de play-offs de 1989 à 1992), Rudd n’a fait qu’un bref passage dans la capitale. Il a disputé deux matchs, dont un au Palais des sports de Gerland, le 19 décembre 1992 contre Lyon CRO (défaite 101-93), au cours duquel il a inscrit 35 points et délivré 8 passes décisives. Deux semaines plus tard, il est retourné en NBA, à Portland (15 matchs). Ultime étape avant ses glorieuses années villeurbannaises.

Partager

2 Replies to “Le jour où Delaney Rudd a affronté l’Asvel avec le PAOK Salonique”

  1. Ah, celle-là, je ne m’en souvenais pas !
    Félicitations pour l’évocation (et pour le blog, que je découvre récemment et que j’aime beaucoup).
    Ah, ce bon vieux temps, Norris Bell, Willie Redden, Eric Beugnot…
    Et Delaney Rudd, bien sûr…

    Et content de voir qu’il y a des lecteurs impliqués ! 😉

    Bon vent, Obuzzer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *